Guipavas sous la révolution


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Tout le monde savait, bien sûr, que tout n'allait pas pour le mieux en cette fin du XVIIIe siècle. Le roi Louis XVI lui-même sentait son trône vaciller. Des « Cahiers de doléances » circulaient parmi le peuple et on y trouvait les demandes et les désirs de modifications qui auraient pu améliorer le sort du petit peuple.

Mais voilà qu'arrive 1789. Les premières nouvelles arrivant de Paris ne font pas grand bruit dans nos bourgades de campagne. Le 14 juillet était bien passé par là; on avait envahi la Bastille mais cela semblait loin de chez nous. Bien sûr, deux villes bretonnes, Rennes et Pontivy avaient été le centre de quelques manifestations, mais comme le roi continuait à régner, cela ne changerait pas grand chose pour le peuple.

Toutefois, des ordres viennent de la capitale; les paroisses deviendront des communes et les « conseils de fabrique » seront désormais des « conseils municipaux », élus par le peuple avec, à leur tête, des maires. Mais déjà depuis des dizaines d'années, les paroisses jouissaient d'une certaine liberté politique; elles nommaient à la pluralité des voix, des délibérants (douze par paroisse) qui formaient le corps politique appelé aussi le « général » de la paroisse. Ces « Corps politiques » étaient admis par des arrêts de la Cour. Et les paysans bretons savaient diriger ces organimes, et traiter éventuellement d'égal à égal avec les nobles ou le clergé (nous en avons trouvé des exemples dans nos recherches sur Guipavas et Gouesnou). Les cahiers de délibération des « Corps politiques » en font foi. Ceux qui dirigeaient ces « Corps politiques » étaient de simples paysans ou artisans de la meilleure élite. Ils avaient la confiance de leurs concitoyens et jouissaient donc d'un pouvoir qui leur permettait de discuter et de lutter hardiment contre les abus du clergé ou de la noblesse.

D'ailleurs lors des premières élections aux « Conseils municipaux », on retrouve les mêmes têtes que dans les précédents « Conseils paroissiaux ».

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Le conseil municipal

Le décret du 14 décembre 1789 fixait la composition du conseil municipal. Le maire, chef du C.M. était élu pour deux ans, à la « pluralité » absolue des voix. Au bout de ces deux ans, il pouvait encore être réélu, mais ensuite, il fallait un intervalle de deux ans. Les officiers municipaux au nombre de six pour les paroisses de 500 à 3000 habitants et de neuf pour les paroisses de 3000 à 10 000 habitants, étaient aidés par les notables en nombre double. L'ensemble formait le Conseil général. Le procureur était également élu pour deux ans, les assemblées primaires.

La première réunion du C.M. eut lieu en mars 1790. « Le conseil municipal de Guipavas, composé de Guillaume Bernicot, maire, Jacques Jestin, François Pailler, Bernicot (prêtre), Jézéquel, Mével, Kergorcuff, René Le Page, Gabriel Mével, François Morvan, officiers municipaux; Jean Quéméneur, Jean Luslac, Jean Milin, Jean Léost, Paul Toullec, Jacques Milin, Nicolas Pastézeur, François Paillier, Yves Castrec, Yves Kerjean, Guillaume Léost, notables, se réunit le 10 mars 1790, à la sacristie de Saint-Pierre, lieu habituel de ces réunions. Il s'agit d'exécuter le décret de l'Assemblée Nationale, au sujet de la constitution de la municipalité, décret adressé au maire par Mgr Faure, intendant général de la Bretagne, dans le courant de décembre 1789 ».

Le maire prêta le serment de fidélité à la Nation, à la loi et au roi et celui de bien remplir ses fonctions. Il fait élire deux scrutateurs Gabriel Mével de Kergleuz et François Morvan de Coat-Jestin, les deux marguilliers en charge. Vient l'élection du secrétaire-greffier. Deux concurrents se présentent; un homme habitant la campagne et fils de paysan et un notaire Me Le Borgne. Au 3e tour de scrutin, François Calvarin de Coatmeur obtient la majorité des voix contre M. Le Borgne qui n'en a que 4 au dernier tour. Chaque membre du C.G. tient à signer cette première délibération.

Le 5 décembre 1790, on nomme comme collecteur de la capitation et trésorier de la municipalité Jean Castrec de Kermadec; pour trésorier des biens des pauvres René Jostin, de Pen-ar-reun et pour receveur du 20e Jean Guyavarch de Kéravilin, Jérôme Hallégouet de Kerarnou ; pour assesseurs de la capitation, François Guerenneur de Kérivin, Jean Kerdélant de Guen-arc'hant. Le 29. janvier 1791, Gabriel Mével de Kergleuz reçoit le pouvoir de percevoir les impôts.

Mais le lieu de réunion semblant trop petit, on décida de se réunir dans une maison du bourg appartenant à l'église, au-dessus des pièces habitées par Mrs Bernicot et Pastézeur prêtres. Gabriel Mével est chargé d'aménager cette salle.

Le 16 août 1790, on reçoit la circulaire imposant la contribution patriotique à ceux qui, ayant plus de 400 livres de rentre, n'auraient pas fait de déclaration. Mais la liste est courte. Le même jour, arrive le décret abolissant la noblesse héréditaire.

Le 28 août 1790, on reçoit à Guipavas, le décret du 17 juin sur l'élection des juges-conseils. Le 29 janvier 1791, René Mével de Kergleuz juge de paix, élu à l'assemblée primaire du canton de Guipavas, prête le serment requis. Le 13 février 1791, le secrétaire-greffier Calvarin est nommé conformément à la loi du 14 décembre 1789. Il touchera 24 livres par mois.

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Le Léon et la religion

La 'Bretagne et particulièrement le Léon étaient profondément attachés à la religion catholique et à son clergé, surtout le bas-clergé lui-même issu du peuple.

Et à partir de 1791, le pays est troublé par l'agitation née du refus de la plupart du clergé (80 à 90 % dans le Léon) de prêter serment à la Constitution civile du clergé; l'administration avait voulu remplacer les prêtres réfractaires par des prêtres assermentés ou jureurs. Mais ces derniers ont été le plus souvent mal accueillis par les paroissiens. Les coups ne tardèrent pas à suivre les injures et les brimades. La force armée fut nécessaire pour défendre les intrus. Les prêtres insermentés refusent d'abandonner leur paroisse et leurs paroissiens; ils prétendent que les intrus sont des schismatiques et que les sacrements qu'ils délivrent ne sont pas valables. L'évêque de Léon, Mgr de La Marche condamne ce serment et le Pape Pie VI fait de même le 10 mars 1791, et renouvelle sa condamnation le 13 avril suivant. Les autorités répliquent et durcissent la législation contre les insermentés. Ceux de moins de 60 ans sont condamnés à l'exil et le culte clandestin s'installe, suivi en masse par les paysans, culte souvent nocturne d'ailleurs. Les églises des jureurs sont désertées.

Dès la fin de 1792, les insermentés sont traqués par les gendarmes, les gardes nationaux ou les soldats. Pour ceux qui sont découverts, c'est souvent, la guillotine sur simple constatation de leur identité. Ceux qui les ont hébergés sont également guillotinés (voir plus loin l'article sur le chanoine Michel Henry).

En mars 1793, l'agitation s'accroît à l'occasion de la levée en masse de 300 000 soldats, décrétée par la Convention. La République en danger avait besoin de défenseurs. Mais nos paysans voient cela d'un mauvais oeil ; le travail ne manque pas à la campagne et ce n'est pas le moment d'abandonner la ferme. Une insurrection armée va suivre ; une dizaine de paroisses de la région de Saint-Pol de Léon se soulèvent; des combats sanglants opposent paysans et soldats. (la bataille de Kerguiduff en est un exemple). Le Bas-Léon verra lui aussi quelques escarmouches (par exemple à Plabennec). D'autre part, les jeunes gens refusent de tirer au sort. Le général Canclaux, général en chef des troupes de l'Ouest, devra mobiliser 2000 hommes et utiliser des canons pour en venir à bout.

Mais revenons à Guipavas où nous verrons la réaction du clergé en exercice.

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Le clergé de Guipavas à l'aube de la Révolution

En 1789, la population de Guipavas (y compris le Relecq-Kerhuon) était de 3978 habitants. Le revenu de la paroisse était de 3599 livres 13 sols et 6 deniers.

Le clergé se composait de 5 prêtres.

Prêtres habitués:

  1. Bernicot Jacques, né à Lambézellec le 22 octobre 1760, prêtre le 24 septembre 1785, Il prêta le serment et se rétracta en même temps que son recteur. Il s'embarqua pour l'Angleterre le 4 octobre 1792. Mort recteur de Plouvien en 1818.
  2. Boulic Jacques, né à Kersaint-Plabennec, le 7 octobre 1744. Prêtre le 24 septembre 1777. Insermenté. Il se rendit en Angleterre de Roscoff le 4 octobre 1792. Le 8 décembre 1800, il fut contraint de quitter le Tréhou dont l'église fut fermée et de se retirer à Guipavas. Vicaire à Tréflévénez au Concordat, il en devint recteur et y mourut le 9 mars 1812.
  3. Jézéquel Michel, né à Guipavas, le 21 avril 1744. Prêtre le 19 mars 1774. Insermenté. Il se rendit en Angleterre le 4 octobre 1792. Après la Révolution, il débarqua à Morlaix comme son recteur. Au Concordat, aucune fonction officielle. Il mourut à Guipavas comme prêtre le 13 mai 1804.
  4. Pastézeur François, né à Guipavas, le 20 avril 1749, prêtre à Quimper le 8 mars 1780. Insermenté. Il se rendit en Angleterre et en revint en même temps que son recteur. Vicaire à Guipavas au Concordat, il y mourut le 11 février 1810. (B.D.H.A. 1938-41).
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La Constitution civile du clergé

Le clergé de Guipavas se souleva contre ce décret du 12 juillet et signa l'acte de protestation qui circulait dans le diocèse de Léon et qui était conçu en ces termes. « Nous, soussignés, recteurs et autres ecclésiastiques de l'évêché de Léon, ayant connaissance de la nouvelle constitution civile, décrétée par l'assemblée nationale et de la convocation des électeurs du département pour procéder le 31 de ce mois à l'élection d'un évêque du Finistère suivant les formes énoncées dans la dite constitution; inviolablement attachés à la religion et à la discipline de l'église catholique, apostolique et romaine, protestons contre toute suppression ou réunion des fonctions ecclésiastiques, spécialement contre la réunion des évêchés de Quimper et de Léon sans l'autorisation de l'église à l'exécution de toutes les formes canoniques, protestons en conséquence contre l'élection qui pourrait se faire à Quimper d'un évêque du Finistère. Ce 22 octobre 1790 ».

M. Picrel qui remplaçait M. Roussel (décédé le 13 janvier 1790 à son presbytère à Villeneuve). signa cette protestation ainsi que Mrs Ségalen, Jézéquel, Boulic, Pastézeur et Bernicot ses vicaires.

Le district de Brest ayant demandé à la municipalité de Guipavas la liste des ecclésiastiques retirés sur son territoire, celle-ci répondit le 4 novembre 1790. « M. Picrel, 30 ans, recteur, Ségalen, curé, 70 ans, Jézéquel, prêtre, 47 ans, Bernicot, prêtre, 30 ans, Kerjean, sousdiacre, 23 ans, Jean Boulic, clerc tonsuré, 23 ans ».

Le district demandait aussi la liste des ecclésiastiques susceptibles d'être nommés évêques. Le 29 novembre 1790, la municipalité répond. « M. Le Goff, recteur de Kersaint, Pilven, recteur de la Forêt, Ségalen, curé de Guipavas, Jézéquel, missionnaire à Guipavas ».

Malgré les demandes du district, la municipalité ne se résignait pas à fournir des renseignements sur les biens ecclésiastiques. Elle répondait qu'elle n'en savait rien. Toutefois, le 21 novembre, elle répondit au district de Brest que la fabrique de Saint-Pierre en Guipavas avait ,une rente annuelle de 1614 livres 9 sols.

Le maire mit davantage d'empressement à enlever de l'église les bancs et à effacer les armoiries qui pouvaient rappeler l'ancien régime. Le 5 décembre 1790, il fit prendre à la réunion du conseil la décision d'exécuter ce travail avant le le` janvier 1791. A noter que Mrs Bernicot et Pastézeur (sans doute absents) n'ont pas signé le procès-verbal de cette réunion.

Cette affaire de bancs, amena un échange de correspondance entre M. Mocquart, agent du seigneur de Kéroual, qui trouvait cette mesure vexatoire et le maire qui, quelque peu intimidé, préféra en référer au district qui lui, était favorable mais on espéra que le département serait du même avis.

L e 14 ocrobre 1790, la mairie de Guipavas reçoit le texte de la loi des 12 juillet et 10 août 1790, décrétant la Constitution civile du clergé. Et dès le 14 novembre de la même année, la municipalité envoie à l'administration de Brest la liste des ecclésiastiques de son territoire, soit: M. Picrel, recteur, 30 ans; G. Ségalen, curé (vicaire), 70 ans ; Jézéquel, 47 ans; Boulic, 47 ans; Pastézeur, 42 ans; Bernicot, 30 ans, prêtre; Kerjean, sous-diacre, 23 ans; Boulic, clerc tonsuré, 23 ans.

MM. Picrel, recteur, Ségalen, Jézéquel, Boulic, Pastézeur, Bernicot avaient signé la protestation du clergé du Léon contre la Constitution civile du clergé du 22 octobre 1790. Toutefois, MM. Picrel et Bernicot eurent la faiblesse de prêter serment le 12 mars 1791.

En effet, le cahier des délibérations de Guipavas note ce qui suit: « Ce jour, 12 mars 1791, nous maire, officiers municipaux, procureur de la commune et notables de la paroisse de Guipavas, ayant été invités par M. Picrel, curé de la dite paroisse, d'assister 'à la prestation de son serment, aux termes du décret du 26 décembre dernier.

Immédiatement après les vêpres, lesquelles ont été chantées à l'issue de la grand'messe paroissiale, suivant l'usage de l'église au saint temps du carême, le dit sieur Curé, après avoir annoncé aux paroissiens assemblés son intention de prêter le serment, leur a exposé qu'en se conformant au décret qui le prescrit, il n'avait d'autre désir que de concourir à la paix et à la concorde en manifestant son dévouement à la nation et son obéissance à ses lois ; après avoir déclaré qu'il ne prêterait pas le serment s'il savait qu'il y eût en la constitution civile du clergé quelque décret contraire à la foi orthodoxe et susceptible d'être censuré par un jugement dogmatique de l'église catholique, apostolique et romaine à laquelle il soumettait son serment et ses opinions, il a prononcé en notre présence et devant les fidèles assemblés, le serment de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse qui lui est confiée, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et sanctionnée par le roi.

A la suite de ce serment, le dit sieur recteur, en recommandant à ses paroissiens l'union et la fraternité chrétienne, leur a témoigné le désir le plus sincère de les voir ne former ensemble une même famille de frères et d'amis et les a exhortés à supplier le ciel de réunir tous les Français indistinctement dans le même sentiment de religion et de patriotisme.

En protestant les mêmes sentiments, les mêmes opinions et le même désir que M. le Recteur, M. Bernicot, prêtre de la paroisse de Guipavas a prêté le même serment conformément à la loi.

Et pour manifester notre parfait attachement au pasteur zélé, ami de la religion, de la patrie et de la paix, lequel nos a été donné par la providence, nous témoignons le désir le plus sincère de le voir constamment présider au milieu de nous et avons signé.

Bernicot, maire; G. Léal, procureur; F. Paillet; J. Jestin ; F. Jézéquel ; J. Le Guen ; J. Milin ; F. Colin; H. Déduyer, notable; F. Jestin ; J. Guézenneuc ; Luslas, notable; F. Colin, notable; A. Jacolot ; H. Page; S. Salliou ».

(Cahier des délib. de Guip. folio 6)

Mais peu de temps après, MM. Picrel et Bernicot vont se rétracter. Et le 21 juillet 1791, les électeurs de Brest désigneront comme curé constitutionnel de Guipavas, un certain César-Yves-Marie Launay. Election qui sera « confirmée canoniquement » le 3 août par Expilly, évêque du Finistère.

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Le conseil municipal et le clergé

A partir de février 1791, on annonce tous les dimanches la vente de quelques biens ou fermes, ayant appartenu au clergé ou à la noblesse. Plusieurs fermiers auraient bien voulu acheter quelques parcelles de terre mais le clergé les en dissuadait énergiquement. Le fermier de Kerelleur refusa même de payer le fermage au nouveau propriétaire. Il ne le fit que contraint par le tribunal. Il soutenait que le fermage devait revenir au vrai propriétaire, c'est-à-dire l'ancien.
Mais plus tard, lorsque les paysans virent que les fermes devenaient la propriété des bourgeois de Brest qui, eux, les avaient achetés sans scrupule, ils se mirent en colère après le clergé qui les avait empêché de profiter de l'aubaine (voir affaire Paul Donval).

Mais la persécution se faisait de plus en plus dure. On fait pression sur le maire pour qu'il oblige le clergé à prêter serment. Le 21 janvier 1791, il répond au Directoire qu'il a accordé 8 jours de répit au curé. Puis suivent des lettres du département au sujet du clergé, des religieuses, des offices divins. Vraiment le département veut s'occuper de tout.

Le 4 mars a lieu la convocation des électeurs pour procéder au remplacement des fonctionnaires. Le 6 mars arrive la lettre pastorale de M. Expilly, évêque du Finistère ; le 11, c'est la loi réglant la question des presbytères.

Le 22 avril, une nouvelle circulaire oblige les prédicateurs à prêter le serment. Le 6 mai parviennent à la mairie les articles additionnels sur la Constitution Civile du clergé. Le 9 mai, le maire M. Bernicot écrit au district que le procureur Guillaume Léal veut donner sa démission. La majorité du conseil s'y opposait et menaçait d'en faire autant si cette démission est acceptée. Le district répond que Guillaume Léal doit garder son poste, et cela sous peine de forfaiture, et prie le maire de le tenir au courant de cette affaire. D'autre part la guerre religieuse va en s'amplifiant.

Mais faisons une petite incursion dans une commune voisine. Le 1 er mai devait avoir lieu l'installation du curé constitutionnel Le Caill à Plabennec. La cérémonie était dirigée par des commissaires choisis parmi les membres du district de Brest et du tribunal, de la Garde Nationale, de la Société des Amis de la Constitution et des Municipalités de Brest, Saint-Marc, Lambézellec, Gouesnou et Guipavas. Mais l'installation fut remise à plus tard.

Cette « nouvelle expédition » sera composée de 100 hommes donnés par le commandant de la Marine, 100 soldats de la garnison, 200 gardes nationaux et 50 canonniers, conduisant 2 pièces de canon. A cette troupe, M. Redou avait fait distribuer par le magasin de la Marine, 60 mousquetons et 60 pistolets. On se mit en marche le 18 mai à 4 heures du matin. Mais les paysans de Plabennec firent sauter un petit pont pour empêcher l'artillerie d'arriver. Mais ils sont intimidés par des coups de canon à grande volée et livrent l'abbé Quénéa, accusé d'être la cause de ces troubles et cessent toute résistance.
Le district écrit au Directoire pour défendre la municipalité de Plabennec et protestant contre cette intervention injustifiée des révolutionnaires de Brest. Néanmoins de nouveaux envois de troupes auront lieu vers Lannilis, Plourin, Saint-Renan, Crozon et Guipavas.

Le 11 mai 1791, le district adresse à M. Bernicot, maire de Guipavas, une lettre d'encouragement. Mais le 19 mai, le maire écrit au district et lui expose la détresse et le dégoût qu'il éprouve par la mauvaise volonté des officiers municipaux dans les travaux dont ils sont chargés pour contribuer à la nouvelle constitution.

Le 22 mai, le secrétaire-greffier lit devant l'assemblée municipale du canton de Guipavas, le décret de l'assemblée nationale des 20, 22 et 23 novembre 1790, ainsi conçu; « Aussitôt que les municipalités auront reçu le décret, elles fourniront un état indicatif du nom des différentes divisions de leur territoire, sinon elles les fixeront » (aussitôt: 6 mois).

On divisa la paroisse en 13 sections: le Vizac, Kerivoaz, Kereller, Kernizan, Kerbleuniou, Saint-Yves, Saint-Nicolas, Damany, le Relecq-Kerhuon, Sainte-Barbe, Froutven, Creac'h-Burgy. (Inutile de dire que l'on ne tiendra pratiquement jamais compte de ces divisions).

Le 12 juin, Jean Mouden, vicaire du Beuzit, vient déclarer qu'il n'a reçu que 350 livres sur les 700 qui lui étaient dues. Il est domicilé à Guipavas depuis le 9 mars 1791.

Le ler juillet 1791 réunion pour faire le choix d'un syndic, après publication au prône de la Grand'Messe. Mais personne ne se présente.

Le 9 août, la majorité du conseil municipal se réunit pour donner tout pouvoir à Jean Castrec, marguillier, de l'église Saint-Pierre pour passer un bail de trois ans avec M. Picrel de Kerandré au sujet de terres appartenant au général de la paroisse et cela pour 19 livres 10 sols par an. Même pouvoir est accordé à René Jestin, économe du bien des pauvres pour un autre bail avec M. Picrel pour les terres appartenant aux pauvres pour la somme de Ïrois livres de plus qu'elles n'étaient affermées auparavant.

Mais le 16 août, on reçoit à la mairie, une lettre signalant « que M. Launay, ci-devant vicaire de la paroisse de Saint-Sauveur, se rendra, dimanche prochain 21 de ce mois, en votre église, pour y prendre possession de curé constitutionnel à laquelle l'ont nommé les électeurs de ce district en leur assemblée du 26 juin dernier.

Mais avant de procéder à cette installation comme on croyait M. Picrel (ancien curé) caché chez un sieur Le Page à Sainte-Barbe, on voulut lui mettre la main dessus.

Mais pour être plus certain de n'avoir pas d'opposition, on décida de faire arrêter M. Picrel et sur ordre de Julien Berthomme, le 20 août 1791 au soir, 60 dragons de la garde nationale accompgnés par les sieurs Claude Blad, Toullec aîné, Soudry, Donné aîné, Froidevaux et Dubois sortirent de Brest, à la porte fermante, 8 heures 1/2. Voici d'ailleurs le rapport de Claude Blad (1) sur cette expédition (L. 62).

« Nous nous dirigeâmes vers Sainte-Barbe, où nous devions trouver un guide qui pût nous conduire dans la maison du Sieur Le Page où l'on nous avait assuré que nous trouverions le sieur Picrel. Ce guide nous égara en nous laissant aux deux tiers du chemin et nous donnant une indication incertaine.

Nous errâmes quelque temps dans l'obscurité ne trouvant pas le lieu indiqué, nous résolûmes à en prendre un autre au premier village. Quelque temps après nous trouvant devant la maison de M. Le Roy, commis aux hôpitaux de la marine, nous fîmes halte et MM. Soudry et Desperles furent détachés pour aller demander un nouveau guide à la première chaumière. Un vieillard et son fils cordier au port consentirent à nous mener chez Le Page. En effet, nous ne tardâmes pas à y arriver, nous frappâmes à la porte demandant ouverture par un de ceux d'entre nous qui parlaient breton; on ne nous fît pas longtemps attendre. En entrant pour rassurer les paysans, nous leur dîmes que notre mission se bornait à fouiller chez eux et aux environs pour découvrir un prêtre qu'on y disait caché. Ils nous laissèrent ouvrir les meubles, nous protestant qu'ils n'avaient jamais donné asile à aucun prêtre réfractaire, nous finissions notre recherche lorsqu'un cultivateur dont nous venions d'ouvrir le lit clos, nous dit en souriant qu'il était un prêtre déguisé et peut-être celui que nous cherchions.

Craignant que cette plaisanterie ne fut un prétexte pour faire diminuer à son égard la visite exacte qu'il nous voyait faire, nous ôtâmes son bonnet et nous nous assurâmes qu'il n'était pas tonsuré.

Notre perquisition terminée, nous nous retirâmes et les paysans satisfaits vinrent nous conduire jusqu'à la porte.

Nous retournâmes à nos guides que nous avions laissés à l'écart pour ne pas les compromettre. Ils nous dirent qu'il y avait dans la trêve Saint-Nicolas, un autre Le Page où pouvait se trouver ce prêtre. Après une course longue et pénible à travers des chemins obscurs et raboteux, nous parvinmes à la maison de Mme veuve Colet où nous savions trouver le père de M. Le Bras que nous désirions avoir pour guide. Nous y apprîmes que nous trouverions plutôt chez Pastézeur que chez Le Page, celui que nous cherchions; d'autant plus que sa ferme était le rendez-vous presque perpétuel des prêtres réfractaires des environs, dont un des fils est du nombre. Nous résolûmes de nous y rendre; nous mîmes pied à terre à deux portées de fusil de la maison en priant M. Froidevaux de rester à la garde des chevaux.

Etant arrivés à la maison Pastézeur, Blad qui commandait ordonna à quatre de nous d'investir le derrière de la maison, tandis que lui se tiendrait à la porte d'entrée; puis il invita le Sr. Soudry de demander en breton l'ouverture. Celui-ci frappa plusieurs fois et doucement à la porte, disant: "Ouvrez s'il vous plaît". Les gens demandèrent: "Qui êtes-vous? "Ouvrez toujours"Je n'ouvrirai pas que vous ne m'ayez dit ce que vous voulez "N'est-il pas temps d'aller à la messe? Il est trois heures" Allons donc, ouvrez la porte et allumez de la chandelle "Nous n'en avons point et nous n'ouvrirons point".

Alors la compagnie voyant tout moyen de sollicitation inutile, engagea le Sr Soudry de les sommer au nom de la nation et de la loi à nous ouvrir sur le champ. Sur leur refus formel, on frappa un fort coup de crosse sur la porte menaçant de l'enfoncer. Alors le maître de la maison menaça à son tour en disant qu'il avait des fusils et des pistolets et qu'on eût garde à prendre à soi. "Eh bien, lui dit-on, ouvrez toujours, nous ne craignons pas vos armes, nous en avons aussi, mais ce n'est pas pour vous faire du mal; nous sommes des gardes nationaux de Brest qui avons reçu ordre du district de venir chez vous".

Après ce dialogue qui fût singulièrement allongé par les lenteurs et les hésitations à nous répondre, ils se présentèrent pour ouvrir leur porte. Nous leur défendîmes de le faire qu'ils n'eussent préalablement allumé de la chandelle. Ils se bornèrent à allumer du feu et ouvrirent ensuite.

Nous entrâmes en leur enjoignant d'allumer de la chandelle, ce qu'ils firent.

Pendant que ceci se passait à la maison, un des cavaliers qui gardait le derrière de la maison courut avertir Plad qu'il venait de voir deux hommes qui sans doute veillaient à la garde d'un champ, ou étaient à blanchir du fil, s'échapper sur les cris de la maîtresse de la ferme, les invitant à aller chercher dans le village du secours contre nous. Toullec et Donné les poursuivirent inutilement et retournèrent à leur poste.

L'annonce de cette évasion et le bruit que le Sr Berthomme et Hamelin assurèrent avoir entendu dans le village, firent craindre au commandant que les chevaux confiés à la charge d'un seul homme ne fussent enlevés; il crut donc prudent d'y envoyer deux hommes de plus, Cuzinet Hamelin.

Comme ils y allaient, ils aperçurent dans un chemin qui conduit à la métairie d'où on avait entendu du bruit, trois hommes qui venaient à eux. Le Sr Cuzin leur cria d'arrêter, cependant ils continuèrent leur marche. Voyant que l'un d'eux était armé d'un bâton noueux et que les deux autres paraissaient cacher quelques armes derrière eux, ils les coucha en joue mais trop tard, et l'homme qui était armé d'un bâton saisit le mousqueton de la main gauche et de la droite lui asséna un violent coup sur le bras. Les efforts du Sr Cuzin pour conserver son arme paraissant inutiles, il cria au Sr Hamelin de faire feu sur celui qui le tenait, ce qu'il fît à l'instant; probablement que la crainte de blesser Cuzin l'empêcha de bien l'ajuster il ne pût se dégager. Enfin il redoubla d'effort, parvint à arracher son arme des mains du paysan, il reçut à l'instant un second coup de bâton sur la tête, mais il eut le temps de se jeter trois pas en arrière et de coucher son homme en joue; ce que voyant celui-ci se jeta à genoux et demanda grâce, ce que voyant Cuzin lui accorda, mais il le quitta pour rejoindre son camarade qu'il croyait en danger.

En effet, le Sr Froidevaux apercevant un de ses camarades sous les coups redoublés de deux paysans, avait fait feu de son mousquet.

Dans l'intervalle, la perquisition se terminait à la maison. Entendant ce dernier coup de feu, Soudry et Toullec coururent de ce côté et trouvèrent le Sr Hamelin baigné dans son sang et le conduisirent à la maison de M. Le Bras, qui lui prodigua les soins les plus empressés. Toullec, Donné et Berthomme restèrent à sa garde, les autres se dirigèrent sur Guipavas, où on arriva à 4 heures du matin.

Le Sr Blad dépêcha le Sr Soudry prévenir le Sr Le Tendre, chirurgien, de venir soigner le blessé et inviter le Sr Filon de diriger la marche de la promenade militaire de ce côté pour arrêter les délinquants et les conduire à Brest. (Guipavas par les Ch. Peyron et Abgrall).

Malgré les soins qui lui furent donnés dans la maison Le Bras, le Sr Hamelin va décéder le 29 août à Brest, où il avait été transporté. Le détachement va continuer sa route vers Guipavas sous les ordres du Sr Filon, major de la garde nationale. Dans la journée du lendemain, le détachement fait des perquisitions à Saint-Nicolas où l'on s'empare de neuf paysans qui furent conduits au château de Brest avec les trois qui avaient été blessés dans leur lutte avec Cuzin et Hamelin.

La collision qui venait d'avoir lieu pouvait provoquer des ressentiments, il était urgent d'en prévenir la manifestation et d'apaiser les esprits irrités. Pour y parvenir, les administrateurs du district, les officiers municipaux de Brest et les membres du conseil général de Guipavas, se réunirent le 25 août 1791 dans la salle de délibération du district, en présence de MM. Richard Duplessis, administrateur du département, Launay, curé de la paroisse de Guipavas, René Mével, juge de Paix et autres habitants de cette paroisse.

Après un exposé succinct des événements par M. Brichet-Kérillis, procureur-syndic du district, le maire, le procureur de la commune et le juge de paix de Guipavas, firent successivement observer que si la ville de Brest avait à regretter le malheur arrivé au dragon Hamelin, la commune de Guipavas avait également le droit d'être affectée que trois de ses membres eussent été blessés de coups de feu mais que ces malheureux événements paraissaient n'être de part et d'autre, l'effet d'aucune mauvaise volonté et ne devaient être attribués qu'à l'obscurité de la nuit et à un malentendu réciproque pouvant provenir de la différence de langage; que conséquemment les deux communes devaient au bien de la paix, le sacrifice de leurs griefs respectifs; que celle de Guipavas avait le désir le plus sincère de voir une bonne intelligence avec les habitants de Brest et de concourir avec eux au maintien de la constitution; qu'abjurant, dès ce moment des erreurs momentanées, inspirées par des suggestions étrangères, elle prenait l'engagement formel de reconnaître son curé constitutionnel et de lui porter l'honneur et le respect dû à son caractère et à son titre.

Chacun des cultivateurs présents à la séante manifeste les mêmes sentiments. Tous, tant en leur nom personnel qu'en celui de leur commune entière jurèrent un inviolable attachement à celle de Brest, en exprimant le vœu que les douze détenus, arrêtés au moment si précieux pour eux, de la récolte, fussent mis en liberté et rendus à leur famille ainsi qu'à leurs travaux.

L'administration et la municipalité de Brest s'associant aux sentiments qui venaient d'être exprimés, arrêtèrent d'une voix unanime que les parties intéressées seraient respectivement invitées à se désister de toutes poursuites et que pour donner à la commune de Guipavas un témoignage non suspect des sentiments de celle de Brest, les douze détenus seraient élargis sur le champ.

MM. Pascal, vice-président et Capitaine, procureur-général-syndic du département, introduits en ce moment, sanctionnèrent cette résolution et en compagnie des membres du district, de ceux de la municipalité et des députés de Guipavas, ils se transportèrent au château d'où ils reconduisirent les personnes jusqu'aux portes de la ville.
Là on se sépara après avoir scellé la réconciliation, par les marques les plus tranchantes d'affection et de fraternité. Le dimanche suivant des commissaires du district et de la municipalité se rendirent à Guipavas et après y avoir donné lecture de l'arrêté pris dans la conférence du 25 août, ils le firent souscrire par les députés que cette commune y avait envoyés. (Histoire de Brest par Levot).

Mais revenons en arrière pour assister à l'arrivée de la troupe à Guipavas, au petit jour, pour installer M. Launay, curé assermenté qui était d'ailleurs de la bande (il fallait donc une troupe pour installer ce pauvre curé). Puis on réunit le « Général » et voici le récit de cette réunion.
« Séance extraordinaire du Conseil général de la commune de Guipavas, présidée par M. Bernicot, assisté de MM. J. Jestin, F. Pallier, Jean Jestin, F. Jézéquel, Jacques Milin, Paul Morvan, François Colin, Jean Le Guen (absent), tous officiers municipaux et MM. Jean Guerenneur, Jean Colin, Jean Luslac, Pierre Cren, Guillaume Léost, Yves Kerjean, Jean Cozian, Jean Martin, René Pochard, François Jestin, Sébastien Saliou, Hervé Page, Jean-Marie Quiniou, Alain Jacolot, tous notables.

Présent Guillaume Léal, procureur de la commune, lequel a remontré à l'assemblée que le sieur César-Yves-Marie Launay, vicaire à Recouvrance, lui a remis copie pour extrait du Président de l'Assemblée des électeurs du District de Brest du 24 juillet dernier, des lettres canoniques à lui expédiées par M. Expilly, évêque du Finistère, datées du 3 de ce mois. Suit le détail de cette lettre annonçant l'élection de M. Mazé Launay comme curé de Guipavas.

« Louis-Alexandre Expilly, par la miséricorde divine et dans la communion du Saint-Siège apostolique, évêque du Finistère, à tous ceux que ces présentes verront, salut et bénédiction en Notre Seigneur.

La Nation française ayant rétabli par un décret solennel accepté par le roi, le droit d'élection aux évêchés et aux cures pour être exercé par les corps électoraux comme l'ordre immuable qui serait observé dans le royaume, ce même décret constitutionnel nous ayant aussi confirmé dans le droit d'accorder l'institution canonique aux élus; après nous être assuré de la bonne conduite, de l'intégrité des moeurs et la science du sieur César-Yves-Marie Launay, vicaire de Recouvrance (2) par l'examen que nous lui avons fait subir et par le procès-verbal de son élection, nous lui avons accordé et nous lui accordons l'institution canonique, nous l'avons envoyé et nous l'envoyons au nom de Notre Seigneur Jésus Christ, prendre le gouvernement et la direction de la paroisse de Guipavas, dépendant de notre diocèse et y exercer toutes les fonctions ecclésiastiques et curiales pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes qui lui sont confiées.

Donné à Paris, en notre maison épiscopale, sous notre seing et notre sceau le 3 août 1791 ».
« L. A. Expilly, évêque du Finistère » (3).

Et le 21 août 1791, on va procéder à l'installation de Launay, curé constitutionnel de Guipavas.

« Le conseil général de la commune, déférant au réquisitoire de son procureur, accompagné de ce dernier, ont conduit le sieur Mazé-Launay jusqu'à l'église paroissiale de Guipavas, où ce dernier s'étant revêtu d'habit sacerdotal se présente près "l'hôtel" et en notre présence a prêté le serment à la nation, à la loi et au roi de veiller avec soin sur les fidèles à lui confiés, de remplir ce que la loi exige de lui en qualité de curé en notre commune; ensuite, a célébré le saint sacrifice de la messe, exposé et donné la bénédiction du saint sacrement, et fait tous les actes nécessaires pour une prise de possession et le tout sans trouble ni opposition ».

Après l'installation du curé assermenté, le détachement prit la route de Saint-Nicolas sous la conduite de M. Filon, major de la Garde Nationale pour y faire les perquisitions. On s'empara de neuf paysans qui furent conduits au château de Brest avec les trois qui avaient été blessés dans leur lutte avec Cuzin et Hamelin.
(Malgré les soins qui lui furent donnés dans la maison Le Bras, le Sr Hamelin va décéder le 29 août à Brest, où il avait été transporté)

(1) Blad Claude-Antoine-Augustin est né à Brest le 20 août 1760. Son père était pharmacien. La commune le choisit en janvier 1790 pour la représenter à la fédération de Pontivy. Elu député à la Convention, on le trouve Girondin et il vote la mort de Louis XVI avec sursis. Il dénonce les crimes du Tribunal révolutionnaire et accuse Donzé-Verteuil, accusateur public près de ce tribunal. En janvier 1795 il est envoyé en mission dans les départements de l'Ouest. Blad et le Général Lemoine organisent les massacres iuridiques qui suivirent le débarquement de Quiberon. (Biogr. bret. par Levot).

(2) Mazé-Launay César-Yves-Marie né à Ploumoguer le 10 novembre 1764, ordonné prêtre à Saint-Pol de Léon le 4 mars 1788, prêta le serment schismatique comme prêtre habitué de Saint-Sauveur (Recouvrance). Elu curé de Guipavas, en juillet 1791, il ne put réussir à s'imposer, la municipalité et les paroissiens s'abstenant d'assister à ses offices. Les ornements sacerdotaux lui étant parfois refusés et toujours tenus sous clé par le Corps Politique. Il préféra se faire demander par la ville de Saint-Renan en fin de 1793. Il était cousin de Le Gonidec, celtisant du Conquet et rénovateur de la langue bretonne. (La Révolution à Brest par le chanoine Cardaliaguet).

(3) L'évêque constitutionnel Louis-Alexandre Expilly, qui sera plus tard membre des Girondins, sera guillotiné à Brest le 22 mai 1794 en même temps que 25 autres administrateurs du Finistère, sur condamnation du tribunal révolutionnaire.

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La municipalité et le clergé assermenté

Mais cette expédition, couronnée de si peu de succès, dut ralentir le zèle des administrateurs du district de Brest. En `tout cas, elle ne rendit pas plus populaire le curé constitutionnel de Guipavas.

Car quelque temps plus tard, il écrivit au district (le 6 juin 1792). « Parmi les vexations que j'ai constamment essuyées, il en est contre lesquelles il est de mon devoir de réclamer la protection des pouvoirs constitués.

Quelque temps après mon installation, le corps politique chargea le marguillier de tenir sous clef les ornements, avec cependant injonction de nous en fournir, selon l'exigence des cas. Quelque dur et humiliant que fut ce procédé, nous nous sommes toujours humiliés devant ces messieurs.

Cependant le mercredi des Cendres, les samedis de Pâques et de la Pentecôte, j'ai manqué d'ornements indispensables pour célébrer.

Dimanche dernier 3 juin, les marguilliers chargés de faire porter les croix et les bannières s'y sont refusés, en sorte que, sans le secours d'un petit garçon de quatorze ans qui a porté une petite croix, nous en manquions absolument.

Ces marguilliers ne paraissent à l'église qu'autant que leurs fonctions l'exigent, et affectent de disparaître dès que leur présence n'est plus nécessaire.

Qu'il vous plaise d'ordonner que le service se fasse comme ci-devant» (L. 112).

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Les habitants s'en mêlent

Mais les Guipavasiens refusent d'aller à la messe dite par l'abbé Launay et comme plusieurs autres prêtres vivaient dans la paroisse, cachés un peu partout, on les voyait pour les baptêmes, mariages, etc. Cependant les actes de baptême, mariage jusqu'au début de 1792 sont de M. Launay ou de son vicaire, M. Ségalen ou de M. Fagon.

Puis on leur manque de respect, ce que signale le Tribunal de Brest. Même les marguilliers leur jouaient des tours malicieux. Et les administrateurs de Brest écrivent aux conseillers de Guipavas. « Nous avons reçu, Messieurs, les plaintes que nous a faites M. Launay, curé de votre paroisse. Il a été insulté et son vicaire poursuivi par des femmes et des enfants. Ces scènes se renouvellent sous vos yeux et vous n'y mettez aucun empêchement. Vous n'arrêtez pas les coupables. Nous ne pouvons pas vous soupçonner de fermer les yeux sur ces désordres et de les autoriser par un silence condamnable; mais nous vous adjoignons, au nom de la loi, d'user de tout le pouvoir que la Constitution a déposé entre vos mains pour faire jouir tous vos concitoyens et par conséquent les fonctionnaires publics de la sûreté qui leur est due et même du respect qu'on doit leur porter (14 octobre 1791).

De son côté, le chantre, François-Marie Tanguy réclamait en vain de la municipalité le traitement auquel il prétendait, pour services rendus au curé constitutionnel, dans la célébration de ses offices. Mais la municipalité s'y refusait "vu, disait-elle, que nous n'avons jamais demandé à François-Marie Tanguy ni consorts de chanter au chœur de notre église". L'affaire ayant été portée au district, celui-ci prit l'arrêté suivant du 30 juillet 1792.

« Considérant que le corps politique de Guipavas a, de tout temps et dans toutes les occurrences, manifesté des sentiments anticonstitutionnels, une haine implacable à leur curé constitutionnel et un dévouement sans borne aux prêtres réfractaires.
Considérant que depuis l'installation du curé constitutionnel tous les membres du corps politique se sont abstenus d'assister à l'office de cet ecclésiastique; que tous cherchent les occasions de lui nuire et emploient tous les moyens imaginables pour le dégoûter et le forcer à déserter son poste.

Est d'avis que l'arrêté du département du 23 juin soit exécuté en y ajoutant que les marguilliers en charge soient contraints par voie de saisie, même par corps, de payer à François-Marie Tanguy, 100 livres et à Joli et Boulic, chacun 50 livres, en qualité de chantres » (L. 112).

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Une nouvelle municipalité et la chute du clocher

Mais un changement va intervenir au niveau de la municipalité. M. Yves Kerjean est élu maire (M. Bernicot devenant juge de paix) suivant le cahier des délibérations du 27 novembre 1791. Gabriel Mével, procureur; sont membres du bureau; François Jézéquel, Jacques Milin, Jean Fs Le Guen, François Morvan. Officiers municipaux: Paul Morvan, Jacques Colin, Jacques Mouden, Louis Cozian, René Pochard, René Ménez, Yves Créac'h-Cadec ; notables: Jean Guéguen, Jean Quillévéré, Jean-Marie Quiniou, Jean Kerdélant, René Déduyer, François Péron. Trésorier des biens des pauvres: Paul Rohan de Kervillerm (18 décembre 1791). Secrétaire-greffier: Calvarin remplacé par Yves Quéffélaen (29 juillet 1792).

Les nouveaux conseillers, dès le 25 décembre 1791, vont s'occuper de la remise en état de l'église paroissiale, dont le clocher avait été abattu la veille, 24 décembre, par un coup de tonnerre à 8 heures et demi du matin, mais heureusement sans accident de personne. « L'église est en partie découverte surtout au-dessus de l'orgue sur quoi nous sommes convenus et avons envoyé exprès dès aujourd'hui sur l'avis de M. Le Champ, à supplier M. César, premier compagnon du frère Florentin résidant actuellement sur la paroisse de Sizun d'avoir la bonté de venir sous le plus bref délai possible à ôter les étaux de leur place afin de les mettre en sûreté de la pluie

On appelle aussi M. Jamble, architecte pour rédiger un état estimatif des réparations à l'église et au clocher « qui, paraît-il, n'était pas sans beauté ».

(Lorsque le clocher est tombé, les offices du matin venaient de se terminer et seule une vieille femme se tenait encore dans l'église mais elle n'eut aucun mal. D'après un vieillard de Ribeuze (tonton Couic) entendu par l'abbé Le Beuz vers 1905).
Mais les travaux de réparation n'allaient pas très vite et les administrateurs du district s'empressèrent de rappeler à l'ordre le conseil municipal de Guipavas.

Mais d'autres préoccupations vont ralentir ces travaux. Le 16 juillet 1792 le district invite les conseillers de Guipavas à marcher sur les traces de la Division du Finistère. Le 20 du même mois, on reçoit, à la` mairie, des placards déclarant la Patrie en danger. Il faut des hommes pour la défendre et le district doit livrer 3372 hommes pris dans les gardes nationaux. Guipavas doit fournir . 29 hommes mais deux seulement sont envoyés et le conseil municipal est rappelé à l'ordre.

Le 16 août 1792, le C.M.doit nommer deux commissaires par quartier pour prendre les noms de toutes les personnes mâles depuis l'âge de 18 ans jusqu'à 50 ans puis le nombre et l'espèce des armes qui peuvent se trouver dans chaque maison, fusils, pistolets.

Voici la liste des commissaires.

Mais à la suite de cette enquête, deux volontaires seulement se présentèrent le 21 août et ils recevront l'ordre de se rendre à Brest le 23.

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Emigrés et prêtres réfractaires

Mais le nouveau maire (Yves Kerjean) n'a pas l'air de plaire au District qui le rappelle à l'ordre (une fois de plus), le 13 avril 1792, « pour sa négligence ? lui ,et son Conseil ? à accorder les déclarations demandées, sous prétexte qu'il n'y a pas de timbre. Le 15 mai 1792, Collot et Chiron se sont présentés à la mairie pour aider le Corps politique à établir l'état des biens immeubles des émigrés ». Le 19 mai 1792, le corps politique se réunit pour recevoir le sieur Clet-Marie Chiron, homme de loi, Arnault-Jacques Collot, négociant de Brest, qui présentent un arrêt du 7 du même mois, de la part du district de Brest, qui les commet pour séquestrer les biens des Français émigrés ou absents du département ou réputés tels.

Gabriel Mével et Paul Morvan, le premier, procureur de la commune et le second, officier municipal doivent les accompagner dans leur opération. Comme les commissaires déclarent qu'ils se rendent tout de suite à BeauRepos, à la demeure du sieur de Mervé, au lieu de Paul Morvan fermier du sieur de Mervé, on leur adjoint Louis Cozian, officier municipal, qui prend la place de Paul Morvan. Le 21 mai, Collot et Chiron viennent opérer à Coataudon. On leur adjoint Yves Kerjean, Maire et François Jézéquel, officier municipal, à 6 heures du soir. Le lendemain les mêmes commissaires demandent encore deux autres compagnons. On leur donne Louis Cozian et Jacques Colin. Puis ils demandent des renseignements précis sur les biens meubles des émigrés. On leur dit qu'à Lossulien, le sieur de Kerouartz, domicilié ordinairement à Lannilis et (dit-on) émigré, doit avoir laissé des biens meubles. Quant aux prêtres, les officiers municipaux disent être certains qu'ils ne sont pas émigrés, quoi qu'ils soient absents de la paroisse, car les jours derniers, ils ont donné des certificats de résidence. Ils demandent aux commissaires de leur tracer des articles pour pouvoir plus facilement établir l'état des biens immeubles des émigrés. Le 28 mai, Jacques Milin et François Morvan sont adjoints aux mêmes commissaires pour la même opération. Le 10 juin, René-Marie-Michel Fontaine de Mervé envoie à Guipavas un certificat de résidence, à lui délivré à Paris où il demeure rue du Bouloi, Hôtel Saint-Esprit.

Le 29 juillet 1792, Yves Quefféléan devient secrétaire du Corps Politique et sera remplacé le 16 décembre 1792 par J.M. Fortin.

Les officiers municipaux de Guipavas reçoivent le 17 août une circulaire leur « reprochant leur négligence à dénoncer ou arrêter les prêtres réfractaires ou à faire fermer les églises sans prêtres assermentés ».

Le 30 août, un arrêté arrive du département, fixant à 72 livres la prime pour la prise d'un prêtre insermenté (1).
Et pour un fidèle qui cachait un prêtre, c'était la déportation et la confiscation des biens en vertu du décret du 30 vendémiaire an II (20 novembre 1793. Et à partir du 22 germinal (11 avril 1794), c'est la mort et la confiscation des biens). (voir article « Chanoine Henry »).

(Et comme le dira 120 ans plus tard,.un philosophe russe, au sujet de la Révolution dans son pays, en 1917. « Il est plus facile de couper des têtes que d'avoir des idées »).

(1) En juillet 1792, le département promettait une prime de 72 livres à quiconque dénoncerait la cachette d'un prêtre réfractaire (les édits royaux donnaient jadis 50 livres par tête de loup. La tête d'un prêtre vaudrait donc à peine plus chère que celle d'un loup). Mais le 6 janvier 1793, la prime sera portée à 100 livres en espèces. Et la convention va décréter que tout prêtre insermenté qui ne sera pas constitué prisonnier sera passible de la peine de mort (Jean Péron et le collège de Léon par Saluden et Kerbiriou).

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Une visite à Saint-Divy

Le 23 septembre 1792, Bernard Lejeune va à SaintDivy accompagné de six dragons et du lieutenant de vaisseau Magnac qui avait brigué l'honneur de faire part de l'expédition. A son arrivée au bourg vers 14 heures, on chantait les Vêpres. Il attend la fin de l'office pour entrer à l'église et demande à M. Gourmelon, vicaire et à M. Causeur, prêtre de Saint-Divy, s'ils ont prêté serment ou s'ils ont l'intention de le faire. Sur leur réponse négative, Bernard les fait arrêter par les dragons et malgré la résistance (plutôt passive, à peine quelques jets de pierre) de la foule, il les mène à pied jusqu'à Guipavas où ils sont salués par les pleurs d'un grand nombre mais aussi par le cri « Vive la Nation » poussé par quelques spectateurs. On leur prête des chevaux et à 18 h, ils sont écroués dans la prison du Château à Brest.

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Passage de l'évêque du Finistère

Avant la Révolution, il existait à la pointe ouest de Bretagne deux diocèses: le Léon et la Cornouaille. A la tête du Léon, nous trouvions Mgr de la Marche qui refusera les nouvelles directives du gouvernement; d'abord la Constitution civile du clergé et ensuite la suppression de son diocèse; celui-ci nouvellement raccordé à la Cornouaille, va former le diocèse du Finistère. A la tête de ce nouveau diocèse, se trouve l'abbé Louis-Alexandre Expilly sacré en la cathédrale de Quimper, le 12 mars 1791. Voulant visiter son diocèse, le nouvel évêque prend la direction de Brest.

Le 31 mars 1791, Expilly accompagné de 120 gardes qui, venus de Brest, sont allés jusqu'à Landerneau, l'accompagneront jusqu'à leur point de départ. Ils passeront donc par Guipavas et continueront leur route vers le Pont-Neuf où les représentants de Brest l'attendent et lui tiennent un court discours de réception. Et tout ce petit monde grimpe la côte du Pont-Neuf et arrive à la porte de Landerneau (Place des Portes). Il est reçu par les notabilités pendant que sonnent les cloches, que tirent les canons et que les soldats lâchent quelques coups de fusil. C'est ensuite la réception à la mairie et à l'église.

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Le chanoine Henry, les débuts de la Révolution

La persécution commence avec la loi du serment à la Constitution civile du clergé; cette loi fut votée le 27 novembre 1790 et sanctionnée par Louis XVI, le 26 décembre suivant. Elle ordonnait aux prêtres fonctionnaires de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Voici la formule du serment. « Je jure de remplir mes fonctions avec exactitude, d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir, la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi ».

Le serment sera prêté le dimanche à l'issue de la messe. Ceux qui s'y refuseront seront réputés avoir renoncé à leur office et il sera pourvu à leur remplacement.

Le 10 mars 1791, le Pape Pie VI condamne la Constitution civile et le 13 avril suivant, il renouvelle sa condamnation.
Le 26 août 1792, c'est la loi qui contraint tous les prêtres assujettis au serment et réfractaires, à sortir sous huit jours, hors des limites du district et du département de leur résidence, et dans quinzaine, hors du royaume.

A la suite de cette loi, les 4/5e du clergé breton demeurés fidèles à la foi catholique, connurent l'exil, soit à Jersey, soit en Angleterre, soit en Espagne. Et bientôt, la chasse aux prêtres commença.

Enfin, viennent les lois du sang. On applique aux prêtres déportables les lois contre les émigrés, c'est-à-dire la peine de mort.

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Le Léon sous la Révolution

La résistance fut plus active dans le Léon que dans la Cornouaille. Pendant toute la Révolution, en effet, le diocèse de Saint-Pol eût le bonheur d'être dirigé par son évêque et de posséder une organisation très forte.

Dès le principe, l'énergique et zélé Mgr de la Marche éleva la voix contre le schisme. Et le 22 octobre 1790 « L'universalité morale du clergé paroissial » du Léon protesta avec son évêque contre la Constitution civile, contre la réunion des deux évêchés de Quimper et de Léon et contre l'élection d'un évêque du Finistère.

Plus tard, d'après l'état nominatif des ecclésiastiques fonctionnaires publics astreints au serment, les districts du diocèse de Léon signalèrent seulement 27 jureurs contre 282 réfractaires.

Le 1er mars 1791, Mgr de la Marche dut se réfugier en Angleterre; mais il n'abandonnait pas ses ouailles.
Sur cette terre du Léon, le prélat laissait après lui, pour administrer le diocèse, deux de ses vicaires généraux, MM. Henry et Péron.

Ces deux hommes éminents s'acquittèrent magnifiquement de leur tâche. Et si, pendant la Révolution, le diocèse de Saint-Pol se maintint avec tant de fermeté, sa belle, tenue fut en grande partie l'oeuvre de l'évêque exilé et de ses mandataires (BDHA 1932).

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Le départ de Roscoff pour l'Angleterre

Mgr de la Marche, évêque-comte de Léon, devant la tournure des événements décida de rejoindre l'Angleterre. Il embarqua à Roscoff au port de Bloscon et de nombreux prêtres l'imiteront.

Le port de Roscoff, à raison de ses relations commerciales, était le rendez-vous de tous les ecclésiastiques qui désiraient chercher à l'étranger le libre exercice du culte qui leur était interdit dans la patrie. Au mois d'octobre 1791, c'est une partie de séminaristes de Léon qui se rendaient près de leur évêque pour recevoir les saints ordres. Le sieur Aubert de Roscoff écrivait en effet au district de Morlaix le 28 octobre 1791 (L. 207).

« Je vous adresse ci-joint la liste de quatorze émigrés d'une nouvelle espèce qui se sont embarqués hier au soir, après s'être présentée à mon bureau, à bord du bateau La Providence, appartenant au sieur Piquerel-Kerandré. Vous verrez par les qualités de ces individus, clercs pour la plupart, qu'il est probable qu'ils vont rejoindre le cidevant évêque de Léon qui, ne voulant rien changer aux époques de ses ordinations, a mandé ces candidats pour les admettre à la prêtrise. Ainsi se perpétuera cette vengeance inconstitutionnelle.

En voici la liste:

Ainsi donc, un évêque fugitif, expatrié et contrerévolutionnaire a le droit d'apposer ses mains profanes sur des têtes trop crédules, sans doute, mais qui n'en seront pas moins les instigateurs des troubles.

Et le 26 août 1792 une nouvelle loi va être portée contre les prêtres fidèles. Tous ceux qui n'avaient pas prêté le serment avaient 15 jours pour quitter le royaume. Publiée dans le Finistère en septembre, cette loi verra se multiplier les demandes de passeport pour l'Angleterre. Voici une partie des déclarations faites à la municipalité de Roscoff

Septembre, etc, etc. 4 octobre,

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Le chanoine Michel Henry

Michel Henry est né au bourg de Guipavas, le 5 avril 1752. Après de brillantes études, il obtient le grade de docteur en Sorbonne. Prêtre à Paris en 1777 (février), il est pourvu le ler décembre 1783. Chanoine théologal de Saint-Pol-de-Léon, il signa avec ses vénérables collègues du Chapitre, une énergique protestation contre les empiètements du pouvoir civil qui, d'un trait de plume, prétendent supprimer l'évêché du Léon.

Lorsque pour éviter l'effusion de sang, Mgr de la Marche, évêque de Léon, que la population de Saint-Pol voulait défendre les armes à la main, se décida à passer en Angleterre, le Prélat s'inquiéta de garder un contact étroit avec ses ouailles. Il lui fallait, à la fois un agent de liaison énergique et sûr et un apôtre qui continuerait sa mission évangélique dans le Bas-Léon. Il choisit le chanoine Michel Henry.

Celui-ci après s'être installé quelque temps à Kersaint-Plabennec, soutenu par l'abbé Kéruzoré, se fixa définitivement à Guipavas, sa paroisse natale. Officiellement, nul ne savait ce qu'il était devenu. On le disait retiré en Angleterre, auprès de son évêque.

Quelques fidèles pieux et discrets savaient seulement que caché dans une maison amie ou dans les souterrains de Kernizan, un prêtre réfractaire sortait parfois la nuit, pour exercer son saint ministère, visiter les malades et administrer les derniers sacrements aux mourants. En effet, un personnage mystérieux, de jour ou de nuit, se présentait, tantôt dans un village, à la porte d'une chaumière, le lendemain déguisé en bûcheron, portant des outils de la profession et sollicitant du travail avec un air naïf qui ne permettait pas de douter de sa sincérité. D'autres fois, c'était un meunier qui se promenait fièrement dans le bourg de Guipavas. Le moulin de Poulguinan et les bois de Kerlizic recevaient souvent sa visite. Quelques jours après sous un nouveau déguisement, vous l'auriez rencontré dans les rues de Brest ou dans tout autre coin du pays.

On l'appelait le « pauvre Gilles » et mille bouches répétaient des épigrammes et des chansons composées en breton contre la marche des affaires politiques et religieuses du temps. Leur effet fut considérable. Il administrait le Bas-Léon, transmettant les consignes de l'évêque, convertissant les jureurs. Il ne quitta pas le Léon pendant toute la Révolution, et dépista toute poursuite dirigée contre lui. Il ne fut jamais découvert malgré des fouilles incessantes.

Le 25 mai 1798 de nouvelles perquisitions avaient lieu pour se saisir surtout de M. Henry, grand vicaire du Léon, qui, pendant presque toute la Révolution, gouverna le diocèse de Léon au nom de Mgr de la Marche (L 305).

« L'an VI de la R.F. une et indivisible, le 6 prairial à 3 heures du matin, nous soussignés, maréchal des logis, brigadier et gendarmes nationaux, nous sommes, en exécution de la loi, exprès transportés jusque en la commune et chef-lieu du canton de Guipavas, à l'effet de faire la recherche et perquisition de tous prêtres réfractraires, et nommément de Michel Henry, Sibiril et Mouden, à laquelle fin nous avons premièrement entouré et gardé la demeure de François Henry, dans laquelle nous sommes entrés, et après toutes perquisitions nécessaires, n'y avons rien trouvé de contraire à la loi. Delà nous nous sommes transportés proche la demeure de la nommée Anne Pâstézeur, veuve Saliou, où étant entrés, nous avons fait les perquisitions de droit, dans laquelle nous n'avons trouvé que les pièces suivantes

  1. Un registre intitulé: Cahier destiné pour continuer, après le dernier cahier fini le 27 avril 1797, à constater la célébration des cérémonies religieuses concernant les baptêmes et mariages des fidèles qui se célèbrent solennellement dans la paroisse de Guipavas (1).
  2. Un autre cahier qui nous a paru être l'oraison funèbre d'un individu tenant à l'état ecclésiastique signé J.N.C.C. » (2).

Et ce même jour, nos braves gendarmes se rendaient au domicile de Jean Le Guen, fermier de la métairie du Vizac, où ils n'ont rien trouvé. Le dossier est signé: Le Beck, brigadier et Le Borgne, juge de paix.

De son exil de Londres, Mgr de la Marche adressait d'ailleurs à ses diocésains de fréquents messages. A peine une de ces consignes apostoliques était-elle donnée qu'elle était immédiatement connue et ponctuellement exécutée dans le pays de Léon. C'était le « pauvre Gilles qui assurait la diffusion de ces lettres et l'accomplissement des instructions qu'elles contenaient. Il trouva le moyen d'engager avec quelques assermentés d'opportunes controverses et il eut la joie d'en ramener plusieurs dans la bonne voie.

Un jour, il fallit être pris dans une maison du bourg de Guipavas qui lui servait fréquemment d'asile. Un délateur l'avait signalé; un détachement de cavalerie arrivé de Brest à l'improviste, cerna la maison qui fût fouillée à deux reprises. Heureusement en prévision d'une surprise toujours possible, une cachette avait été depuis longtemps aménagée dans un coin retiré de l'habitation. Les soldats passèrent près de cette cachette sans soupçonner qu'une faible cloison seule les séparait de celui qu'ils recherchaient. Un autre jour venu à Brest pour son ministère, il ne craignit pas de sortir de la ville... dans la charrette du bourreau en fumant une bonne pipe.

La Terreur enfin passa. La vie des prêtres fidèles n'était plus exposée mais on les déportait en masse ou on les envoyait souffrir ou mourir à l'île Madame. En 1802 seulement le Concordat rétablit la liberté du culte.

Au registre des délibérations du Conseil municipal de Guipavas, le 5 prairial an VIII (25 mai 1800), M. Henry, vicaire général du Léon, signe la déclaration de résidence que voici, qui contient la soumission à la constitution de l'an VIII.

« Venant d'être informé de la proclamation du citoyen Debelle, général en chef de l'aile gauche de l'armée de l'ouest, qui enjoint à tout prêtre obligé de déclarer le lieu de son domicile, il s'empresse d'y déférer et de déclarer qu'il se propose de fixer, comme en effet, il fixe, son domicile en cette commune. Il certifie au surplus, qu'il n'a jamais eu d'autre motif de disparaître de la société en cachant le lieu de son domicile que pour se soustraire à la rigueur des lois dont on vient de suspendre l'exécution.

En conséquence, il lui a été donné acte de la présente déclaration dont il lui sera délivré une expédition pour sa sûreté personnelle. Signé: Henry, prêtre ».

(La date et la signature, seules, sont de la main de M. Henry).

Le même texte est signé ensuite par Claude Pilven et Prigent Madec, domiciliés à La Forest, par Louis Sibiril de Ploudiry et Jean Mouden de Guipavas.

(Prigent Madec est né à La Forest, prêtre le 19.9.1789. Jean Mouden, né à Guipavas, prêtre le 1.4.1786. C'est lui qui célébra la messe le 18 mars 1793 devant les premiers insurgés de Landerneau qui chassèrent Le Caill de Plabennec et furent battus par Canclaux).

Le Concordat signé le 10 septembre 1801 est publié le 10 avril 1802. Alors aussi paraît le décret érigeant l'évêché de Quimper. Le Pape, sous la pression du Premier Consul, a demandé à tous les anciens évêques de donner la démission de leurs sièges, Mgr de La Marche, évêque de Léon refusa d'obtempérer à la demande du Pontife. Les vicaires généraux, après une hésitation compréhensible, se rallièrent au Concordat, mais pendant deux ans au moins, le clergé de l'ancien évêché de Léon, va se trouver dans une grande perplexisté, jusqu'à ce que Mrs Henry et Péron obtiennent de Mgr de La Marche une délégation pour l'évêque nommé à Quimper, lors de l'application du Concordat. Le 9 mai 1902, en effet, Mgr Claude André, nommé au nouvel évêché de Quimper était sacré dans l'église Saint-Roch de Paris par l'archevêque de Rouen, Mgr Cambacérès. (BDHA 1927, page 47).

Nous noterons en passant qu'après la Révolution, avec la signature du Concordat, la Martyre fut pourvue d'un prêtre. M. Henry, vicaire général de Léon y bénit cinq mariages le 20 janvier 1801. II paraphe et numérote le cahier des baptêmes et des mariages de 1801-1802. Il dut installer à cette occasion dans la paroisse, un curé d'office, M. Pierre Colin, natif comme lui de Guipavas, prêtre de Plabennec, avant la Révolution.

Déporté à l'Ile de Ré, le 22 juin 1798, à l'âge de 34 ans, il en sortit en 1800. En octobre 1803, M. Colin est arrêté et envoyé à une destination inconnue. Le 24 octobre 1803, les paroissiens de la Martyre adressent au préfet, une protestation contre l'arrestation et l'enlèvement de leur curé. Plus tard, on sut qu'il avait été exilé à Rimini par Napoléon comme inquiétant la conscience des acquéreurs de biens nationaux. Il fut rapatrié sur les instances de Dombideau, qui le nomma recteur de Tréméoc, le le, février 1808. Il mourut recteur de Plouédern en 1810 (BDHA 1932, page 115).

En 1797-1798, M. Henry fit deux baptêmes et deux mariages à Guipavas, tandis que son collègue M. Sibiril y faisait 60 baptêmes et 28 mariages pour la période du 27 avril 1797 au 18 février 1798 (BDHA 1934, page 280).
L'évêché de Léon ayant été supprimé, lors du Concordat, M. Michel Henry fut nommé curé de Quimperlé puis chanoine titulaire et grand vicaire honoraire de Quimper. C'est dans cette ville que mourut le 29 septembre 1829 celui qui, à force de zèle, d'héroïsme et d'ingéniosité, avait été le grand mainteneur de la foi dans le Bas-Léon.

(1) Ce registre commencé le 28 avril 1797, terminé le 18 février 1798, est constamment signé par Sibiril prêtre, excepté pour le baptême Lamendour, le 23 juin 1797, qui est signé par M. Henry.

(2) C'est l'éloge funèbre de M. Jacques La Rue, recteur de Saint-Sauveur de Brest, décédé le 4 novembre 1796. Ces deux pièces, registre et éloge funèbre, sont conservées aux archives départementales.

Quelques notes complémentaires

Le chanoine Henry que l'on voyait partout à la fois était servi par une nature d'une jovialité extraordinaire. Cette jovialité étonnerait de la part d'un vicaire général en temps de paix; mais elle fit merveille en temps de Révolution. La « Biographie bretonne » de Levot nous laissé entrevoir quelques détails que des traditions et des lettres particulières nous permettent de préciser. Comme nous l'avons vu, M. Henry avait établi son quartier général à Guipavas, dans sa paroisse natale. « C'est de là, écrit Levot, que, comme un nouvel Athanase, M. Henry gouverna la portion de diocèse confiée à ses soins ». Il avait changé de nom et pris le surnom de « Gilles ». Où est M. Henry? II est en Angleterre; telle était la leçon que l'on répétait, surtout aux enfants dont l'indiscrétion était à redouter. Un jour qu'il se trouvait à Brest, à la Porte de Landerneau, la Garde voit passer un paysan portant un sac sur le dos; elle entrouve le sac, soupèse quelques poignées de farine; mais l'air un peu hébété du paysan le rassure et elle le laisse passer. Ce paysan entre dans une maison de la Grand-Rue, ouvre son sac et plongeant la main jusqu'au fond, en retire un papier; c'est une dispense de mariage que le vicaire général, car le paysan c'est lui, est venu apporter, si on peut dire, à domicile. Faut-il montrer sa présence d'esprit? Un jour dans une salle de l'hôpital de la Marine, où les Sueurs de la Sagesse avaient été maintenues, M. Henry confessait une religieuse. Tout à coup un bruit de pas se fait entendre. Rapidement il se glisse dans un lit voisin, ramène les draps jusqu'au menton, pendant que la religieuse lui met sur la tête le bonnet que les Sueurs portent la nuit. Le soldat entre sans frapper et quand il voit une religieuse assise au chevet d'une autre religieuse malade, il s'en va. Un quart d'heure après un sans-culotte à l'air débraillé, la pipe en bouche, les manches retroussées sortait de l'hôpital, assis près du cocher dans la charrette du bourreau; c'était M. Henry qui avait terminé son ministère.

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Une lettre de M. Michel Henry

Pour apprécier la situation religieuse dans le diocèse de Léon, pendant la Révolution, il existe un document historique de première importance, une lettre de M. Henry lui-même. Le 17 juin 1817, il écrivait à Mgr Dombideau, évêque de Quimper

« Toujours prêt à seconder vos vues, Monseigneur, j'ai l'honneur de vous adresser une imparfaite esquisse de la conduite au clergé du diocèse de Saint-Paul-de-Léon pendant la Révolution.

Les faits que vous allez lire sont certains; j'en garantis la vérité.

A l'époque qu'éclata la grande persécution, on comptait dans le diocèse de Saint-Paul-de-Léon, au moins 400 prêtres séculiers y compris Mrs les chanoines, les administrateurs du séminaire, les directeurs des communautés religieuses et les aumôniers des hôpitaux.

Cinq recteurs et 26 autres ecclésiastiques, tant vicaires que simples prêtres seulement, eurent la faiblesse de faire le serment prescrit.

Trois des premiers et quatre des seconds se rétractèrent dans la forme voulue, le firent devant l'assemblée de leurs adhérents, remplirent ce devoir avant la fin.des dangers et assez à temps pour partager avec leurs confrères, les maux de la persécution; ils en eurent le courage.

De ce qui précède, il s'ensuit que les prêtres à qui on donnait l'injuste qualification de réfractaires, formaient une immense majorité. Je les divise en quatre classes, à raison des différentes positions où ils se placèrent ou furent placés:
Un grand nombre s'immigra; D'autres furent conduits dans des maisons d'arrêt; Plusieurs subiront la déportation; 118 prirent le parti de se cacher et y réussirent.

En vertu d'une combinaison proposée par Mrs les grands vicaires, et adoptée sans délai par leurs confrères, on se distribua sur la surface du diocèse, de façon à être, avec le moins de danger possible, le plus à portée cependant, de porter au peuple fidèle les secours du ministère, de harceler le schisme naissant, de lui enlever ses quelques conquêtes et d'empêcher de les étendre. Presque partout même dans les villes, ils trouvèrent des asiles.

On remporta de grands succès; ici ne trouvant personne pour ouvrir les églises, l'intrus arrivant ne pouvait prendre possession. Là, il fallait la présence de la force armée pour l'introniser. Ailleurs, il fallait prendre les passants par le bras, arracher les gens de la maison, les traîner pour avoir des assistants au nouveau culte.

Dans la grande majorité des paroisses, l'aversion la mieux prononcée et le mépris le plus capable d'humilier une âme, poursuivaient les nouveaux venus. En aucun endroit, bon visage mais rebut, mais reproches et gourmandes.

Cela n'empêchait que les prêtres cachés ne fussent dans des positions critiques. Les insuccès des schismatiques augmentaient la fureur, l'acharnement avec lesquels on en faisait recherche, et la haine qu'on leur portait. Ils se conservaient, ils échappaient cependant. Comment?

S'élevant au-dessus de toute considération, du péril même de perdre la vie et la fortune des enfants, on les recherchait, on les conduisait, on les hébergeait, on les faisait jouir des bienfaits de la plus généreuse charité. Même les détenus dans les maison d'arrêt, étaient agréablement forcés de reconnaître qu'eux-mêmes n'avaient rien à regretter de leur état ancien tant pour la nourriture que la liberté.

Ceci est une fleur, qu'avec joie et attendrissement, j'attache à la couronne de catholicisme que mérite si bien le peuple du Léon. Peut-être n'y eut-il pas de diocèse où l'amour de cette vérité eut été plus fertile, et plus fécond en bonnes oeuvres.

De la part des cachés se donnaient entre temps les plus beaux et les plus fréquents exemples de constance, de sainte intrépidité, de zèle, de pénitence, de concorde, d'habileté dans l'espèce de guerre qu'ils faisaient, d'amour pour l'unité des principes, d'exactitude à se plier aux agendas qu'ils recevaient. Qu'est-ce qui pouvait nourrir cet ensemble de vertus sacerdotales? J'en trouve la cause dans la correspondance presque suivie qui put s'entretenir entre le grand et vertueux évêque de Saint-Pol-de-Léon, réfugié en Angleterre et ses deux agents principaux dans le diocèse, et dans l'exactitude de ceux-ci à la communiquer à leurs frères (1).

De la part des grands vicaires, elle consistait en demandes en forme de consultations, et en exacte reddition de compte de tout ce qui se passait, et de la part de Monseigneur, en envoi de documents, de décisions doctrinales, de touchants témoignages de compassion, d'avis de prudence, de remontrances paternelles, d'encourageantes exhortations. On conçoit l'effet que devaient produire pareils bienfaits sur des prêtres entièrement dévoués au Prélat de qui ils les recevaient et dont ils étaient tous chéris.

Cependant la mort naturelle nous enleva plusieurs confrères cachés. Aucun n'a manqué des secours spirituels.

O douleur! Huit de nos confrères subirent une mort violente ; on se souvient bien de leurs noms et il ne faut pas les taire: MM. Chapalain, vicaire de Sizun ; Jacob, vicaire de Saint-Pabu ; Drévès, vicaire de Recouvrance ; Branellec, vicaire de Saint-Paul; Habasque, vicaire de Kerlouan ; Péton, vicaire de Kerlouan ; Le Gall, recteur de Plouénan ; Corrigou, directeur des Dames Ursulines de Saint-Paul, périrent sur l'échaffaud, les quatre premiers à Brest, les deux suivants à Lesneven, et les deux derniers à Quimper.

Ici je ne puis me dispenser de rapporter deux faits pour preuve, que même sous le chaume, on peut trouver des âmes saintement fortes.

MM. Chapalain (né à Plouvien en 1753) et Jacob (né à Ploudalmézeau en 1751) furent surpris chez la soeur du premier. Celle-ci fût déclarée de bonne prise et conduite au Château de Brest, de conserve avec les deux captifs. Dans le cours du procès qu'on instruisait, on lui fit entendre qu'il y avait pour elle, un moyen certain d'échapper à la peine capitale, c'était d'affirmer qu'elle ne connaissait pas ces messieurs et qu'ils l'avaient forcé de faire la soupe. Sa réponse fut laconique. "Me lavaret en gaou ! Me diaznaout va breur ! guel eo mervel assembles ganta". Elle fut guillotinée.

On avait surpris MM. Gall et Corrigou chez une veuve chargée d'enfants. Déjà, on la traînait hors de sa maison avec ces messieurs. Tout à coup se présente une vertueuse fille, belle-soeur de la veuve, vivant et tenant de moitié avec elle le ménage, disant d'une voix forte aux capteurs: "Laissez donc ma soeur, conservez-la à ses enfants ; s'il y a eu crime à donner asile à ces messieurs, c'est à moi seule à en répondre. Les bâtiments où vous les avez pris est ma portion de propriété. C'est moi qui en ai disposé pour eux". On la conduisit à Quimper où elle mourut du dernier supplice.

Voici un troisième fait, relatif aux prêtres fidèles et qui mérite d'autant plus d'être rapporté, qu'il fut aussi attérant pour le schisme qu'honorable pour l'accord existant entre les prêtres qui le combattaient et à l'adroite activité de quelques jeunes gens, chassés révolutionnairement du Séminaire, que nous avions pour courriers, agents intermédiaires, porteurs de dépêches et de communications intéressantes. La mesure fut si bien prise et si bien exécutée que tous les maires, les recteurs assermentés et les intrus de paroisses de campagne reçurent tous un même dimanche, une expédition authentique des Brefs du Souverain Pontife Pie VI, et que ceux des villes reçurent, le lendemain des autants par la voie de la poste. A Brest, on les reçut avec le timbre de Morlaix, et à Morlaix, avec le timbre de Brest.

Je désire, Monseigneur, avoir rempli vos vues. J'aurais eu d'autres choses à vous communiquer.. Je ne le puis, Madame du Frettay attendant cette.

Je suis avec respect, votre très humble et obéissant serviteur ».
Signé « Henry » (BDHA 1917)

Après avoir comme on l'a vu ci-dessus, joué un rôle de premier plan, pendant la période révolutionnaire, Michel Henry, fut, dès le Concordat, nommé curé de Quimperlé. On le trouve ensuite chanoine titulaire et vicaire général de Quimper où il mourut le 29 septembre 1829 (BDHA 1932).

(1) Des jeunes gens chassés révolutionnairement du séminaire leur servaient d'agents de liaison suivant M. Henry lui-même.

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Mariages sous la Révolution

Le nouveau calendrier républicain commencera à Guipavas par la déclaration suivante concernant un mariage à Kervivarc'h.

« Les citoyens sont instruits que le mariage entre René Kerjean, veuf de Marguerite Toullec et Françoise Caroff, veuve de Jean Dounval, a été publié ce jour treizième, lequel jour faisant le dimanche du mois de janvier mil sept cent quatre vingt treize, à l'heure de midi, devant la principale porte de cette commune par le citoyen officier public de la dite commune, le tout conformément à la loi du vingt septembre mil sept cent quatre vingt douze et que le dit mariage est conclu devant le dit officier en la maison commune en présence des témoins Michel Quellec, René Kerjean, Jacques Toullec et Pierre Kerjean. Les deux derniers déclarent ne savoir signer. Suivent les deux signatures de Michel Quellec et René Kerjean ainsi que celle de « Colin, officier public ».

René Kerjean était le fils de Mathieu Kerjean et Françoise Le Verge de Forestic. Il était veuf de Marguerite Toullec, sa première femme qu'il avait épousée le 21.11.1780 et qui décédera le 10.11.1791.

Françoise Caroff avait épousé Jean Donval le 18.11.1777 et perdra son mari le 21.3.1790. Jean Donval était le fils de François Donval et de Marie Cam, et en épousant Françoise Caroff, il vint habiter la petite ferme de Pors-Méan.

A l'occasion de ce mariage Kerjean-Caroff, la famille Donval arrive à Kervivarc'h car Françoise Caroff amène à sa suite les enfants qu'elle avait eus de son premier mari Jean Donval. Les descendants de cette famille y sont toujours en la présence des Roué dont la mère était une Donval.

Autre point de détail: Françoise Caroff née le 25:10.1753 à Pors-Méan, fille de Yves Caroff de Kerzincuff et de Jeanne Lanchec de Plougastel, aura donc comme premier mari Jean Donval qu'elle perdra le 21.03.1790, et le 13.01.1793 elle va épouser René Kerjean de Kervivarc'h. (voir plus haut). Celui-ci était déjà veuf de Marguerite Toullec, décédée le 10.11.1791. Mais René Kerjean va décéder, lui aussi, assez rapidement puisque le 12 pluviose an II (1794), Françoise Caroff est veuve pour la deuxième fois. Le 25 nivôse an III (1795), on la voit se marier avec Louis Sclotur de Ploudiry lui-même déjà veuf de Anne Corre. De ce dernier mariage naîtra un fils Jacques Sclotur qui épousera Louise Jézéquel de kerangalet en Gouesnou, descendante des Guéguen de ce village et dont la fille épousera un autre Guéguen de Penhoat. (Ceci est une autre histoire dont nous parlerons dans un autre ouvrage sur "Gouesnou et la famille Guéguen"). ».

Les diverses péripéties parfois dramatiques, accompagnant la Révolution n'empêchent pas les-mariages chez nos braves Guipavasiens. En effet, le le, frimaire an IV, quatre mariages uniront plusieurs familles dans le secteur de la route de Landerneau.

Le registre des mariages de Guipavas nous apprend en effet ce qui suit.

Assistent aux mariages et signeront les principaux notables de Guipavas : Guillaume Bernicot, juges de paix; Guillaume Léost, procureur; Philibert Berthou, officier public ».

(Notons en passant que Philibert Berthou et Jeanne Léost, de Kerabiven et Jean Bernicot et Marie Leroux de Keriégu sont nos ancêtres. Il devait y avoir foule au bourg de Guipavas en ce jour du le, frimaire an IV, surtout que les nouveaux mariés étaient apparentés aux membres influents de la municipalité).

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Le télégraphe Chappe

Au temps de la Révolution, on apercevait, dominant les collines de Guipavas, de grands bras qui se mouvaient
dans tous les sens. C'était le Télégraphe Chappe, qui fut installé sur les hauteurs du Petit-Paris (à Brest), de Ménez-
Toralan, du Reun, de Pen-ar-Créac'h-Saint-Divy.

C'étaient des signaux optiques, visibles le jour et la nuit; on allumait des torches aux extrémités des bras mouvants qui formaient les lettres de l'alphabet Chappe. Les ordres du gouvernement central parvenaient ainsi de collines en collines depuis Paris jusqu'à Brest.

(L'abbé Claude Chappe, ingénieur et physicien (1763-1805) créa le télégraphe aérien, qui sera inauguré en 1794 et se répandit ensuite à travers le pays).

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Les volontaires de la République

La République, tiraillée de l'intérieur (insurrections) et en danger sur les frontières de l'Est, va procéder au recrutement de volontaires. Plusieurs Guipavasiens feront partie de ces réquisitions. Certains partiront vers le front, d'autres resteront sur place où ils s'occuperont de la police locale. Quelques-uns décéderont dans leur commune natale. Voici quelques décès trouvés dans le registre de Guipavas.

 

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Vente de biens d'émigrés

Par acte du 14 Prairial, an deux de la République Française nous apprenons qu'une vente de biens d'émigrés a eu lieu à Guipavas, sur l'émigré Kerouartz et les ex-prêtres Jacques Boulic, Jacques Bernicot, François Pastézeur, Gabriel Ségalen et Michel Jézéquel, ces cinq derniers émigrés ou déportés, le 18 floréal. Louis Branda commissaire nommé par le district de Brest, en présence de Guillaume Guéguen, officier municipal de Guipavas.

Il a été vendu du bois de chauffage pour la somme de 293 livres 15. Le tout vendu chez Michel Jézéquel (4 E 9245-46).
Et la vente continue « Chez Boulic Jacques pour 841livres 10 dont un lit clos en sapin avec couette de plumes, adjugé au citoyen Lavallée pour 1301ivres, une armoire bois de chenne (!), adjugé à Herber pour 160 livres 10 sols, un mauvais habit et veste, trois culottes, trois capuchons, 24 rabats, au citoyen Yves Hallégouet pour trente livres, etc, etc. Ensuite chez Jacques Bernicot, un lit garni de paillasse, couete de balle, ciel de lit et rideau serge verte au citoyen Herber pour 123 livres; un bureau au citoyen Lavallée pour 18 livres, etc, etc. Ensuite en la demeure du dit Pastézeur, une armoire de bois de chenne (! )106 livres. Ensuite chez Ségalen, etc, etc. (4 E 92 45-46).

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Le tirage au sort

Le tirage au sort était loin de faire l'unanimité dansnos milieux paysans. En effet, se trouver dans l'obligation de partir à la caserne pour plusieurs années semblait illogique alors que le travail ne manquait pas dans les campagnes. Aussi plusieurs se faisaient remplacer par des volontaires mais cela coûtait cher et seuls les fils de paysans riches pouvaient se permettre cette fantaisie.

Il n'était pas rare, en ce début du XIXe siècle, de trouver dans les dossiers des Etudes notariales, des contrats de remplacement. En voici quelques-uns.

« Par devant Me Yves Colin, notaire à Guipavas, acte du 27 mars 1820, entre Yves-Marie Monot, compagnon boucher, né à Lambézellec, ayant satisfait aux lois du recrutement au tirage de la classe de 1816 et ayant eu au tirage, le n° 273 et par conséquent libre de sa personne et Yves Le Den, père, de Kerbleuniou se faisant fort de Sébastien Le Den, son fils, demeurant même lieu, conscrit de la classe 1819 et devant tirer au sort pour la dite année, le 20 avril prochain au canton de Landerneau. Le dit Yves Monot s'oblige et s'engage de tirer au sort en lieu et place du dit Sébastien Le Den et encore qu'il tire de l'urne un n° susceptible de partir. Il s'engage de remplacer le dit Sébastien le Den, dans le service militaire pendant le temps et de la manière que le dit Sébastien Le Den serait tenu de le faire lui-même. Une indemnité de 100 francs si le tirage est négatif et 600 francs payables 100 francs immédiatement et 100 francs par an si le tirage est positif et si Monot doit s'engager.

Il est convenu entre les dites parties que si le dit Yves Le Den paye le dit Monot en pièces de 5 francs 80 centimes, il pourra le faire à la volonté de ce que dit le Monot a accepté ».

Par acte du 26 mai 1822, Gouesnou Le Daré de Lannaérec en Guipavas, libéré du service militaire, s'oblige de remplacer Pierre Quéméner, fils de André Quéméner, cultivateur de Kerastivel, suivant indemnité de 700 francs.

Un autre contrat en 1835 nous apprend que le montant de l'indemnité est arrivé à 1200 francs. Contraf Letty de Kergalet en Guipavas.

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L'abbé Claude Laporte

Avant la Révolution, il existait des biens d'église qui provenaient de dons faits par des particuliers au clergé qui devait s'en occuper et en récupérer les loyers, à charge pour le prêtre de dire un certain nombre de messes pour les défunts. L'abbé Claude Laporte avait ainsi à sa charge quelques biens à Guipavas.

Né le 6 décembre 1734 à Brest où son père Louis Lapone était marchand de vin, Claude va faire de fortes études et accèdera à la prêtrise en 1763, après avoir été professeur au Collège Louis Le Grand à Paris de 1757 à 1759. Il enseigne ensuite à Orléans jusqu'en 1762 et revient à Brest en tant que vicaire à Saint-Louis puis comme aumônier des Gardes de la Marine (1) de 1776 à 1786. Il devient ensuite prêtre sacristain à l'église Saint-Louis et ayant protesté contre la Constitution civile du Clergé, il est emprisonné aux Carmes de Brest de juin à septembre 1791. Libéré, il se retire à Paris, où le 18 août 1792 il est incarcéré aux Carmes de Paris. Il y fût massacré le 2 septembre suivant ainsi que des centaines d'autres ecclésiastiques (2).

Mais revenons à Guipavas, où l'abbé Claude Lapone est chargé de certains biens d'églises, quelques maisons à Kernoas et à Penfrat. Le loyer de ces biens se monte à 1000 livres par an à charge pour lui de dire 107 messes à la chapelle de N.D. du Reun. Mais ces maisons sont en mauvais état et demandent réparations. En 1790, l'abbé Laporte envoie au district le montant des frais payés pour les réparations, plus de 1000 livres. Mais la chapelle de N. D. du Reun étant fermée au culte (elle sert de logement pour la troupe), il ne peut y dire les messes prévues.
D'ailleurs, peu de temps après, il sera emprisonné (voir plus haut).

(1) A cette époque, existait à Brest une « Ecole de Gardes de la Marine » (autrement dit une école des Officiers de Marine) créée par Richelieu et améliorée par Colbert, d'abord à bord d'un navire puis dans la région parisienne. Plus tard, l'école, divisée en trois, sera répartie entre Toulon, Rochefort et Brest (1682). Les Gardes devaient être catholiques, gentilshommes et avoir de 16 à 25 ans.
Les Gardes portaient un manteau bleu en grosse laine avec un paremen de même couleur; le dessous était en serge rouge; un gilet et une culotte en grosse laine écarlate complétaient la tenue. Pour décorer cet uniforme, on trouvait des rangées de boutons en cuivre doré. Un chapeau plat coiffait le Garde qui portait en outre une épée dans un fourreau en peau d'élan garni de fils d'or.
En 1777 l'abbé Laporte est chargé de conseiller les Gardes de la Marine (aumônier!). Il recevait 50 écus pour ce travail. Mais ce n'est qu'en 1784 qu'il portera officiellement le titre d'aumônier et recevra 850 livres par an. Mais en 1786, le Maréchal de Castries supprima l'école des Gardes de la Marine et l'abbé Lapone recevra quand même 200 livres par an.

(2) Du 2 au 5 septembre 1792, quelque 300 assassins sortis du peuple envahirent les prisons de Paris où se trouvaient entassés nobles, prêtres et autres suspects. Marat et Danton les poussaient à faire justice eux-mêmes de leurs ennemis. Le nombre des victimes avoisinera les 8 à 10 000. La princesse de Lamballe périt dans ces journées et sa tête fût promenée dans les rues de Paris au bout d'une pique.

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