La pyrotechnie entre les deux guerres (1919-1939)


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La paix tant attendue est enfin signée en 1919 à Versailles. Mais c'est une paix précaire car de vives tensions demeurent en Europe et dans le monde. Par ailleurs, la Marine nationale doit continuer à assurer les liaisons avec les territoires de notre empire colonial dispersé aux quatre coins de la planète.

Pas question dans de telles conditions d'arrêter le fonctionnement de la pyrotechnie de St-Nicolas. Il convient plutôt d'en terminer l'équipement et de bien l'organiser, après les fiévreuses années de guerre au cours desquelles on a surtout paré au plus pressé.

C'est à cette tâche que vont s'atteler conjointement les ministères de la Guerre et de la Marine pendant deux décennies. (1)

(1) De nombreux renseignements ont été puisés dans la note établie par Jean Morvan (document déjà cité).

LA PYROTECHNIE S'ÉQUIPE ET SE MODERNISE


Bien entendu, la paix revenue, les effectifs pléthoriques recrutés à la hâte pour la production de guerre ne vont pas être maintenus. En particulier, beaucoup de femmes et déjeunes filles seront remerciées. Mais dans les années 20 et 30, il restera bon an mal an entre 600 et 700 personnes au service de la pyro.

Les zones rurales, successivement annexées en 1905, 1910 et 1917, vont se couvrir de bâtiments en dur, ateliers divers, magasins spécialisés, etc. Alors qu'il s'en était construit 62 entre 1879 et 1918, on en bâtira 67 autres avant 1939. Pour son seul compte, le département de la guerre disposera à cette date de 16 500 mètres carrés couverts dans la grande enceinte bordant l'Anse : on pourra y constituer deux chaînes de production d'obus de 155 et de 75. A l'Est, près du grand môle, seront établis les dépôts et abris d'amorçage des mines sous-marines.

Dans un tel ensemble, les problèmes de circulation et de manutention sont évidemment importants. Pour y parer, près de 8 kilomètres de voies ferrées normales rattachées au réseau sont posées, ainsi que 18 kilomètres de voies Decauville sur lesquelles des tracteurs électriques remplaceront les chevaux de ferme après 1930. Aux anciens chemins ruraux succède un équipement routier moderne qui va permettre une bonne circulation des gens et des produits dans la grande enceinte militaire. Enfin, deux entrées principales avec postes de garde sont aménagées, l'une dans l'ancienne allée du château de Kerhuon, près du viaduc, l'autre à l'écluse du Stéar dont l'accès sera amélioré par la construction d'une bonne route le long de l'Anse. Gendarmes maritimes et marins à pompons rouges veillent aux portes...

Surveillance et sécurité, autre problème essentiel, on s'en doute. Pour le résoudre, le personnel logé par nécessité de service devient plus nombreux. En 1936, cadres, pompiers, surveillants militaires et ouvriers d'entretien sont au nombre de 45. Avec leurs familles, c'est au total 175 personnes qui vivent dans l'enceinte militaire.

Le château de Kerhuon -l'ancienne demeure des Bonamy, de La Poype- devient le logement du commandant de la pyro, personnage important et respecté de qui dépend l'embauche. Plusieurs ingénieurs militaires se succéderont dans le poste jusqu'en 1939: après l'ingénieur Taillez, premier commandant "marine" responsable de la pyro, pendant la première guerre mondiale, viendront Messieurs Debarre de 1920 à 1927, Blutel de 1927 à 1933, puis Albert-Amédée Causse de 1933 à 1936 et enfin Jules-Hyacinthe Fille à partir de 1937. (1)

Les anciennes fermes annexées avec les terres sont transformées pour héberger les pompiers civils et des commis. D'autres logements sont édifiés au profit d'ingénieurs et d'officiers d'administration.

Un petit bac avec corde et va-et-vient sera mis en place sur l'Anse près du viaduc, pour permettre aux ouvriers et aux familles logées de gagner facilement Kerhorre ou la gare. Bien des gamins du pays s'amuseront à son bord... Les mêmes verront souvent, stationnant sur la place du Relecq une grande et curieuse voiture Latil avec banquettes en long; c'est elle qui conduit aux écoles les enfants habitant St-Nicolas. Elle sera vite baptisée par nos espiègles la "cage aux lions".

Avoir pour camarade un fils de pompier ou d'officier logé était une aubaine pour nos jeunes Kerhorres. Ils avaient ainsi l'occasion de pénétrer dans l'usine bien gardée, donc un peu mystérieuse, où travaillaient leurs parents. La même aventure pouvait être entreprise en accompagnant le jeudi matin Marianne Laurent dans sa carriole à cheval, lorsqu'à l'aube elle partait livrer le pain du boulanger Cazes aux habitants de la pyro.

En 1933, est entreprise une campagne de boisement pour atténuer les effets d'explosions toujours possibles et masquer les bâtiments en cas d'attaques aériennes. Peu à peu, St-Nicolas va se cacher dans la verdure.

Il restait toutefois à doter l'usine militaire de limites cohérentes.

(1) Le "château"; demeure du commandant et de son adjoint sera incendié par les Allemands en 1944. Il a été récemment réparé en partie et mis hors d eau dans l'attente d'une autre destination.

Personnels logés à la Pyrotechnie de St-Nicolas en 1936
Commandant
Albert Amédée CAUSSE né en 1891 à Brest
Commandant Adjoint
Jules Hyacinthe FILLE né en 1888 à Toulon
Ingénieurs DT


René IMBLOT né en 1886 à Angoulême
Louis BAOT né en 1897 au Relecq-Kerhuon

Officier d'administration
Ollivier NEDELLEC né en 1880 à Brest
Agents et commis
Émile MINGAN né en 1886 à Brest
Claude LE MINES né en 1887 à Lambézellec Jules
LETRIONNAIRE né en 1881 à Lorient
Techniciens - ouvriers
Jean-François TANGUY né en 1903 à Guiclan
Christophe LE MEUR né en 1889 à Dirinon
Guillaume ROPARS né en 1887 à Plougastel
Eugène TROMEUR né en 1900 à Lambézellec
Jean-Marie HAMON né en 1889 à Locmélar
François PLOUGASTEL né en 1905 à Landerneau
Guillaume COLIN né en 1887 à Plabennec
Jean LEAL né en 1886 à Guipavas
André JAFFRES né en 1896 au Relecq-Kerhuon
René KERBOUL né en 1884 à Guipavas
Joseph FAUJOUR né en 1903 à Lambézellec
François BESCOND né en 1902 à Brest
Yves GRIFFON né en 1888 à Douarnenez
Joseph LABAT né en 1902 à Plougastel
Hervé QUILLIEN né en 1897 à Lambézellec
Armand PETIT né en 1901 à Sobre-Le-Château
Jean PÉRON né en 1898 au Relecq-Kerhuon
Jean FLOCH né en 1902 à Guipavas
Jean-François ROZEC né en 1903 à Guipavas
Joseph SOUSSET né en 1898 à St-Divy
Joseph ROUDAUT né en 1900 à Lambézellec
Pompiers
Maurice YVENOU né en 1902 à Lambézellec
François LE GALL né en 1897 à Plougastel
Infirmiers
Claude ROUÉ né en 1903 à Lampaul-Ploudalmézeau
Louis BOULAIRE né en 1909 à St-Brieuc
Surveillants militaires
Vincent TOUMELIN né en 1905 à Lanester
Ernest LE ROUX né en 1900 à Plouay
Auguste LE GOFF né en 1896 à Douarnenez
Hervé KERVARREC né en 1899 à Douarnenez
Gendarmes maritimes

François CORIOU né en 1900 à Quimerch
Marcel GOURET né en 1897 à Brest
François LEGUAY né en 1902 à Lanester
Gabriel QUERAN né en 1904 à Bodilis
Pierre LE HALPER né en 1892 à Keriado
Maurice LE BARS né en 1902 à Brest
François LE BOUDER né en 1910 à Miniac
Mathieu BIHAN né en 1902 à Groix
45 familles
175 personnes
(d'après le dénombrement de la population en 1936 à Guipavas)

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ENCORE UNE ANNEXION EN 1936

C'est le dernier épisode du développement de la pyrotechnie avant la deuxième guerre mondiale.

Afin d'augmenter la sécurité et la place disponible, la Marine décide en 1936 d'annexer de nouveaux terrains, au Nord-Est cette fois. Deux autres fermes du domaine de La Poype et deux maisons particulières sont expropriées, soit une surface de 8 hectares sur laquelle s'implantera la dernière enceinte.

Avec cette annexion, la pyro a désormais des limites cohérentes. Au Nord, la tranchée et le remblais du chemin de fer ; à l'Est, la route de la Maison-Blanche et la baie de St-Nicolas ; au Sud, l'Élorn et à l'Ouest, l'Anse de Kerhuon redevenue depuis 1918 propriété de la Marine. Son bassin constamment rempli et contrôlé par des vannes à l'ancienne écluse sert désormais de zone de protection à l'usine militaire.

Au début de 1939, l'établissement de St-Nicolas rattaché à la Direction des Constructions et Armes Navales (DCAN) s'étend sur 85 hectares s'un seul tenant, 130 si on y inclut l'Anse. Le complètent les dépôts annexes de la vallée de Guipavas et, en rade,. les îlots de Trébéron et "des Morts" conservés comme réserves de produits inertes.

A cinquante ans de distance, on est bien loin de la poudrière d'origine... Un grand domaine privé, parmi les plus prospères de la région, a en partie disparu. A sa place, par suite des circonstances, la puissance publique en créait un autre, riche de possibilités pour l'économie locale et grand pourvoyeur d'emplois.

Plus de 700 employés dont 70 femmes y travaillent en permanence, assistés de 245 temporaires recrutés en complément. Des techniciens de haut rang y mettent au point divers procédés techniques et des machines modernes contribuant à améliorer la production. Les magasins regorgent de poudre noire, d'obus, de torpilles et de mines sous-marines.

Quand, en septembre 1939, éclate la deuxième guerre mondiale, une nuée d'affectés spéciaux -plus de 8 000- se déverse sur St-Nicolas pour renforcer le personnel resté sur place. Au "Fourneau économique", on préparera jusqu'à 12 000 repas par jour!

La pyro est à nouveau prête à mettre sa puissance et son savoirfaire au service de la Marine nationale et des armées combattantes.

On sait ce qu'il advint durant ces tristes mois de 1939-1940, mais ceci est une autre histoire...

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Dénombrement de la population, année 1856, 1876 et 1896
Noms des villages et hameaux
Nbre d'habitants
1856
1876
1896
Zone Est
Village du Relecq
Village de Kerhorre
Damany
Prat-Salous - Anse de Kerhuon
Roch-Du
Cosquer
Le Passage - Keralas
Keriguel
Kerzincuff
Village de Camfrout

224
514
19
74
55
20
46
23
60
145

244
708
28
82
39
29
59
62
45
245

455
1 067
27
109
39
67
56
103
98
245
Total zone Est
1 180
1541
2 266
Zone Centrale
Kéroumen
Coatmez
Kervaziou
Lossulien
Kerscao
Kerjean
Mendy - Rubian
Pen-an-Toul, Carros, résidences
Feunteun-Aon

17
5
25
21
37
14
26
24
39

33
9
18
18
33
16
37
60
17

20
5
15
15
29
65
57
49
14
Total zone centrale
208
241
269
Zone Ouest
Kerhuel - Kermadec
Pen-ar-Streat
Costour - Coatanguy
Lannaërec - Ste-Barbe
Kervalous - Kervitous
Baradozic
Kergleuz
Keriezou

71
31
38
66
44
4
8
15

100
11
40
63
45
21
14
31

282
5
97
272
106
110
18
79
Total zone Ouest
277
325
969
POPULATION TOTALE DE LA SECTION
1 665
2 107
3 504
(archives de Guipavas et du Relecq-Kerhuon)

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